la beauté ou l’objectification du corps des femmes

En droite ligne de mon précédent coup de gueule (intitulé « belle vs moche ») qui traite du critère de beauté auquel les femmes doivent en principe répondre, il s’agit en d’autres termes de l’objectification du corps des femmes, je me permets d’ajouter l’éclairage de Mme Nathalie Rapoport-Hubschman (médecin et psychothérapeute), tiré de son ouvrage « Les barrières invisibles dans la vie d’une femme », publié aux éditions Albin Michel. Malgré sa formation issue du domaine de la biologie (qui pourrait l’amener – comme c’est le cas pour d’autres – vers des analyses essentialistes et naturalistes, aussi néfastes que l’est l’eugénisme), cette auteure a conscience de l’importance du rôle de la société sur la construction de l’identité. Son chapitre intitulé « la beauté » est truffé d’études (dont les références sont données en fin d’ouvrage), ce qui souligne à mes yeux l’importance des recherches menées dans le domaine des inégalités femmes-hommes. Son apport scientifique sur la question me paraît donc fondamental dans la compréhension de l’objectification du corps des femmes.

Au sujet de la responsabilité des campagnes publicitaires d’abord, elle fait référence aux paradoxes véhiculés par la presse féminine et les publicités, qui d’une part, font croire aux jeunes filles que l’apparence est associée au bien-être (conseils beauté, etc.), et qui d’autre part, envoient aux femmes des messages libérateurs (« aimez vos courbes ») combinés à des images de femmes irréelles, irréalistes et inatteignables (cf. par exemple la campagne « Zara love your curves ») . Elle souligne (p. 21) que « les messages véhiculés par les campagnes de pub jouent souvent sur deux tableaux []. Cela brouille le message, le transforme en une double injonction et fait croire aux femmes qui pourraient se poser des questions sur leur santé mentale que ce sont elles qui ont tort []. Investir tellement d’efforts dans leur apparence et ne pas s’aimer, vouloir et ne pas vouloir, c’est bien l’ambivalence qu’on reproche souvent aux femmes, et c’est pourtant cela que les médias entretiennent de façon inconsciente ou délibérée. » Et page 26 : « On ne peut plus continuer à sous-estimer leur impact et à nier leur influence [des images] sur les normes de beauté, les goûts que nous avons et que nous pensons choisir. »

En ce qui concerne les conséquences de l’objectification du corps des femmes, à la page 34, les études qui ont été effectuées dans ce domaine indiquent que « lorsqu’elles ne sont pas satisfaites de leur image, la moitié des femmes disent se mettre en retrait, évitent de donner leur opinion ou encore remettent en question leurs décisions. Neuf femmes sur dix disent alors éviter les activités sociales (Ideal To Real Body Image Survey réalisé par Today et AOL, février 2014). Comme si la pensée « je ne me plais pas et ne me trouve pas à la hauteur sur le plan physique » se transformait automatiquement en « je ne suis pas à la hauteur » tout court. ».

Nathalie Rapoport-Hubschman termine le chapitre en soulignant que malgré ces constats, il ne s’agit pas de moraliser l’apparence (c’est-à-dire décréter qu’être belle serait bien ou mal), ce serait tomber dans un travers qui ne servirait pas la cause des femmes. Prendre conscience des injonctions faites aux femmes est le premier pas, et se sentir belle est aussi une façon de se donner du pouvoir.

Pour ma part, je pense que le principe de liberté pour toutes et tous devrait rendre possible à la fois une volonté de se sentir belle (qui peut en effet être une façon de s’approprier du pouvoir), et à l’inverse, permettre aussi d’accepter une volonté de refuser toute injonction associée à l’apparence. Comme je le déclarais dans mon coup de gueule, je condamne dorénavant toutes remarques qui portent sur mon physique, flatteuses ou non. En revanche, ce serait une erreur d’interpréter cette décision comme une volonté puritaine (cela m’a été reproché), qui empêche la séduction entre femmes et hommes. On m’a aussi reproché de ne pas être cohérente : pourquoi est-ce que je fais preuve de coquetterie tout en ne tolérant pas les remarques par ailleurs flatteuses, qu’on pourrait me faire ? Je parle de ce que je n’accepte plus, on me répond que je suis paradoxale et un danger pour l’ordre du monde (deux remarques que les féministes connaissent malheureusement très bien).

Or, aucune femme n’a à craindre de conséquences qui seraient liées à son apparence, aucune femme n’a à être réduite à son apparence, aucune femme n’a à être jugée sur la base de son apparence. Je rappelle pour finir que je trouve toujours très utile de renverser les phénomènes: a-t-on vu une campagne de pub adressée spécifiquement aux hommes dont le slogan serait « aime ton corps » tout en montrant des images d’hommes idéalisés ? Est-ce que des publicités traitent de la façon dont les hommes devraient se percevoir eux-mêmes ? Existe-t-il des magazines masculins dont les thèmes seraient des conseils sur leur façon de se comporter et de se rendre désirables pour les femmes ? Les réponses à ces simples questions devraient suffire à montrer l’évidence des inégalités de traitement entre femmes et hommes.

« Donne du pouvoir aux femmes, si t’es un homme ». Slogan de l’ONG CARE France.

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Publié par

libertegenrefeminisme

Actuellement étudiante en psychologie, je prévois d’effectuer un Master en études genre. Je vis en Suisse ce qui implique que certaines propositions concrètes ne s’appliquent peut-être pas à d’autres pays francophones (notamment en ce qui concerne le domaine pénal).

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